
Date de publication: 13 mai 2026 / Agriculture / Author : ATH Sokren
Invité de l’émission « Fresh Business », le Dr Hay Ly Eang, PDG de PPM et fondateur de Confirel, a analysé les effets des importations massives de produits étrangers sur la production nationale et appellé à une politique beaucoup plus structurée de soutien aux filières cambodgiennes.
Interrogé sur la vague de boycott des produits thaïlandais et le regain d’intérêt pour les produits nationaux, le Dr Hay souligne d’emblée l’ambivalence du phénomène. Selon lui, cette mobilisation a stimulé la demande pour les produits « khmers », mais a aussi encouragé des pratiques de simple re labellisation.
« Oui, certains produits sont réellement 100% cambodgiens et bénéficient d’un soutien massif des consommateurs, explique t il. Mais d’autres ne sont que des produits importés, reconditionnés avec une étiquette khmère, ou bien des assemblages partiels. Au final, lorsqu’on parle de produits khmers, il faut se demander ce qu’il y a réellement dedans. »
Pour le fondateur de Confirel, la faiblesse de l’appareil productif national trouve ses racines dans l’histoire récente. Depuis les années 1990, la demande intérieure a explosé alors que les infrastructures industrielles, détruites sous le régime des Khmers rouges, n’avaient pas été reconstruites à la même vitesse. « Nous avons répondu à cette demande par des importations, principalement de Thaïlande et du Vietnam, qui, eux, ont mené des réformes profondes de leur économie. »
Des règles de contenu local encore floues
Sur le plan juridique, le Dr Hay appelle à clarifier les règles qui permettent de qualifier un produit de « fabriqué au Cambodge ».
« Si l’on prend Boeing ou Airbus, dit il, leurs avions intègrent des composants de plusieurs pays, mais le cadre légal définit précisément la part de contenu local. Avons nous ce type de règles au Cambodge ? Et si oui, sont elles réellement appliquées ? » Pour lui, il s’agit d’une condition préalable si l’on veut à la fois encourager la production nationale et garantir la transparence vis à vis des consommateurs.
L’enjeu n’est pas de supprimer les importations, reconnaît il, mais de sortir d’une opacité généralisée : « Nous devons au minimum savoir quelle proportion d’un produit est importée, et nous assurer que sa qualité a été contrôlée. L’objectif premier reste de répondre aux besoins de la population en garantissant la sécurité des produits. Cela suppose des chaînes d’approvisionnement traçables et des capacités de contrôle crédibles. »
Mutualiser les capacités de contrôle
Interrogé sur la capacité du Cambodge à contrôler la qualité et les volumes des importations, le Dr Hay estime que le pays dispose déjà de leviers, à condition de mieux coordonner les acteurs.
« Aujourd’hui, nos moyens restent limités, mais nous pouvons commencer à faire beaucoup mieux. Nous avons plusieurs laboratoires – Institut Pasteur, Labiocert, laboratoires ministériels – qui travaillent trop souvent en silos. Si nous fédérons ces capacités, nous pourrons couvrir une partie importante des besoins en analyses. Le reste peut être confié à des laboratoires étrangers de haut niveau. »
À ses yeux, le problème principal n’est pas technique mais politique : « Ce qui a longtemps manqué, c’est la volonté de mettre de l’ordre dans le système. Dès lors que cette volonté existe, il devient possible d’organiser un véritable dispositif de contrôle, avec des analyses reconnues par les autorités nationales et par les partenaires internationaux. »
Vers de véritables chaînes de valeur nationales
Au delà du contrôle, le Dr Hay insiste sur la nécessité de construire de véritables chaînes de valeur nationales, de la production à la transformation, pour des produits emblématiques comme le sucre de palme, le poivre de Kampot, la cassave ou la mangue.
Il rappelle que Confirel a fait le choix d’une traçabilité rigoureuse sur le sucre de palme : « Quand on sait précisément d’où vient chaque litre de sève, on peut aussi mesurer les incohérences du marché : si nous ne collectons que quelques centaines de tonnes de matière première et que l’on voit des milliers de tonnes de “sucre de palme” sur les étals, c’est qu’une grande partie n’est pas authentique. »
Pour le Dr Hay, le défi est donc double : protéger le consommateur et donner à la production nationale les moyens de se développer dans un environnement plus équitable. « Nous ne remplacerons jamais toutes les importations, conclut il, mais nous pouvons construire des filières nationales solides, transparentes, capables d’offrir de vrais produits khmers dont nous connaissons l’origine et la qualité. »